Ah! Le merveilleux monde de l'enseignement!! Ne vous méprenez pas, j'adore ce que je fais, mais il y a des jours (hier, par exemple) que je donnerais ma place pour pas cher. Pour ceux qui ne le savent pas, j'enseigne en 2e et en 4e secondaire. Cette semaine, le problème est en 4e secondaire. J'ai des élèves brillants, motivés, qui veulent apprendre. De plus, j'enseigne l'une des 3 matières de base, alors ils savent qu'ils doivent réussir ma matière pour obtenir leur diplôme!! Par contre, j'ai aussi des élèves lâches, peu soucieux de réussir, qui se foutent éperdument des dates de remise des travaux, qui passent le ¾ de leur temps à chiâler et qui crient à l'injustice lorsqu'ils recoivent leur note d'étape et qu'ils ne passent pas. "Comment ça j'ai eu cette note là? Je veux savoir où j'ai perdu mes points!!" Et évidemment, c'est la faute du prof: trop sévère, trop jeune, trop grande, pas assez disponible, elle est droitière, alouette! Toutes les raisons sont bonnes pour mettre la faute sur le dos de quelqu'un d'autre! Le coupable se trouve forcément quelque part! Pour ces petites choses-là, je suis capable d'en prendre. J'ai le dos large et je suis solide; j'ai confiance en mes capacités. Je sais qu'ils ne m'en veulent pas à moi personnellement, mais plutôt au prof que je suis et souvent, ils m'en veulent parce qu'ils ne veulent pas prendre la responsabilité qu'ils n'ont pas fourni les efforts nécessaires pour réussir.
Je fonctionne beaucoup par projets. Je ne le fais pas à cause de la Réforme (elle n'est pas encore implantée en 4e secondaire, de toute façon). Je le fais parce que dans l'apprentissage d'une langue seconde, c'est plus simple. Coopération, entraide, travail d'équipe... tous les moyens sont bons pour communiquer. De plus, la Réforme n'étant pas encore arrivée en 4e secondaire, on utilise du matériel "préhistorique": Take a Look, Take Action et autres vieilleries. Tant qu'à utiliser du matériel dont les droits d'auteurs ont été octroyés la même année que les élèves sont nés, je préfère être créative et monter des projets. Je discute beaucoup avec les élèves, je leur demande des suggestions ("movies" étant la suggestion la plus populaire, bien sûr!) Je passe beaucoup de temps à monter des projets, trouver des sujets intéressants, essayer de les accrocher pour qu'ils aient envie de venir dans mon cours, etc. Comme je ne peux pas toujours les évaluer dans leur travail d'équipe, ça me prend aussi des projets individuels.
Hier, je leur présentais le 2e (et dernier) projet individuel. (En gros, ils doivent m'écrire 500 mots sur un sujet de leur choix: leur vie, l'école, la société, etc. Un peu comme un journal. 10 petits textes de 50 mots chacun. Le travail est à remettre dans 6 semaines. On s'entends-tu pour dire que si les élèves prennent 30 minutes par jour pour écrire 50 mots, dans 10 jours, le travail est terminé? Et j'offre aux élèves de venir en récupération pour leur donner un coup de main. Pas si pire, comme travail, me semble?!) Donc, je distribue les feuilles et leur dit que je vais donner des explications supplémentaires dans quelques secondes. Il y a M. dans le coin. Une élève de 5e secondaire, pas travaillante, qui aime bien remettre ses travaux quand ça lui tente... une larve sur deux pattes. Aussitôt sa feuille reçue, je l'entends dire "T'es-tu folle, ostie?" Et là, à ce moment précis, j'ai dû me retenir pour ne pas l'étamper dans le mur. Mon sang bouillais. Des gros bouillons. Ébullition totale. Le local est plongé dans le plus grand des silences. Les paires d'yeux se posent sur moi, puis sur M. et sur moi à nouveau. On n'ose plus respirer craignant le pire. Et je suis là, devant mes 26 ados en pleine crise d'hormones, je me concentre sur ma respiration, j'essaie de me contrôler. Les secondes défilent. Je continue de réfléchir. On dirait que le temps s'est arrêté. Mon pouls redevient normal et finalement, je prends quelques instants pour rassurer mes élèves que selon ma dernière évaluation psychiatrique, je suis en bonne santé mentale. Je ne souffre aucunement de folie et Satan a quitté mon corps depuis belle lurette. Les plus courageux recommencent à respirer. Je suis en pleine possession de mes moyens et j'entreprends la lecture des instructions avec eux, prenant bien soin d'expliquer tous les points en profondeur, répondant aux questions des plus insécures. Le reste de la période s'est bien déroulé, même si le commentaire de M. m'a touchée en plein coeur et m'a complètement déstabilisée.
La conséquence de M.? Elle va l'avoir au prochain cours alors que je lui annoncerai qu'elle est expulsée du cours. Vous croyiez qu'elle était pour s'en sauver? C'est bien mal me connaître. J'avais simplement besoin de quelques instants pour reprendre mes esprits et lui donner une conséquence à la hauteur de son geste. Autrement, j'aurais pu donner des conséquences démesurées et il est important de garder quelques atouts dans sa manche pour d'autres occasions qui, j'ose espérer, ne se reproduiront plus.
Mon métier, je l'aime, mais des fois, je céderais ma place aux autres.
Vivement le weekend! Et pour ceux qui auraient envie de me dire que les profs n'ont pas à se plaindre parce qu'ils ont 2 mois de vacances l'été, je répondrai que ce ne sont pas des vacances, mais plutôt 2 mois de convalescence!